Sous la nuit solitaire – En compagnie de Linda Sorgini #CercleTP

Le 19 novembre dernier à 19h00, les participants du Cercle des Tigres Penseurs assistaient au spectacle de Sous la nuit solitaire, une mise en scène d’Olivier Keimed et Estelle Clareton. Accompagnés par la généreuse Linda Sorigni, voici les commentaires et interventions de nos participants suite à cette plongée dans les enfers modernes.

 

« C’est un voyage plus spirituel que physique, dans un espace onirique, un monde imaginaire, où l’on se retrouve au-delà du quotidien. »

Paulo C-L, cinéaste

 

« Je fais partie des gens ordinaires qui ne connaissent pas Dante mais à chaque fois que je viens au Cercle, ça m’amène à faire des recherches après sur internet et c’est vraiment intéressant. C’est un spectacle assez violent : enfer, viol, meurtre… Je n’avais jamais assisté à un spectacle de danse. J’ai tout compris. Là, les corps ne sont plus des corps, ce sont des instruments pour nous faire vivre les émotions sorties tout droit de l’enfer. La personne qui a écrit ça a surement vécu un grand malheur. »

Lucie M, gardienne de prison

 

« J’ai été touché par des émotions pures. »

Paulo C-L, cinéaste

 

« C’est une vision de l’enfer. Chacun le sien. Nous étions dans un cocon hallucinatoire. Un jardin des ombres, peuplé des terreurs que l’on perçoit chez soi-même, à la hauteur de ses démons. »

Danielle B, retraitée.

 

« Ces textes-là, exigent qu’on les relise 2-3 fois »

Paulo C-L, cinéaste

 

« Le texte reste juste assez longtemps projeté, mais on a effectivement besoin de le lire plus d’une fois »

Linda Sorgini, comédienne

 

« À l’époque, l’écriture était plus baroque, d’ailleurs on ne peut pas lire Dante d’un seul coup. On ne saisit pas tout, la première fois. C’est une nouvelle traduction qui essaie de coller à notre époque. Même en italien, c’est comme ça, ça nous laisse dans une certaine perplexité. »

Robert Lalonde, acteur et écrivain

 

« Dante lançait des messages contre l’église, le pouvoir… et il fallait être moins direct, utiliser l’allégorie, si on ne voulait pas avoir droit au bucher ou à la tête coupée. »

Danielle B, retraitée

 

« Le texte est bâti comme un puzzle, on se demande si le morceau va là où ailleurs. »

Linda Sorgini, comédienne

 

« Le texte n’a pas besoin d’une résonnance directe avec la chorégraphie. L’impossibilité de s’en sortir seul. Il y a un impact physique à recevoir ce spectacle. Tout au long de la pièce, je repassais tout ce que j’ai entendu aujourd’hui à la radio, les dénonciations, la violence… Olivier et Estelle nous disent que si ça ne commence pas par nous, on n’y arrivera pas. Il faut constater et admettre qu’il y a peut-être autre chose à faire que de laisser jaillir son intolérance. »

Robert Lalonde, acteur et écrivain

 

« J’ai aimé le spectacle parce c’est une autre proposition que ce que j’avais vu de la Divine comédie de Dante : les torsions du corps, les sacs à poubelle… C’est l’enfer tibétain où tu es prisonnier de toi-même. J’aimerais revoir le spectacle. »

Danielle B, retraitée

 

« Nous sommes à la fois bourreaux des autres et victimes de nos peurs. »

Linda Sorgini, comédienne

 

« J’ai ressenti une profonde douleur au plexus en regardant le spectacle. Toutes ces âmes noyées. Ça a ramené des souvenirs de remise en question : où je m’en vais, qui suis-je? Ça m’a ramenée à la profonde douleur de la dépression déjà vécue avec des phrases où l’on parle de désir sans espoir. Le corps qui ne suit plus l’âme. J’avais choisi ce spectacle pour le thème et pour l’auteur. J’aime le théâtre qui fait réfléchir. J’aime être surprise, pas seulement être divertie, même si c’est pas toujours agréable. J’ai vraiment beaucoup, beaucoup aimé. »

Raymonde L. artiste peintre

 

« Ce qui est très impressionnant, c’est que ça parle de la douleur pas forcément liée à la culpabilité. Et ça, ça, c’est rare et ça fait beaucoup de bien. Surtout aujourd’hui avec toutes les dénonciations où finalement on finit par admirer la victime parce qu’elle est forte. Il y a là quelque chose de pervers. Si tu as réussi à dire non, t’es moins intéressante. Si tu n’as pas réussi, t’es faible; au point que tu te sens coupable de ne pas être du <moi aussi>. Un viol, c’est un viol. Aujourd’hui on se sent coupable de souffrir, d’avoir été ou d’être faible, d’avoir été victime. Sous la nuit solitaire, à un côté sombre mais aussi libérateur. »

Nadine F. réalisatrice et scripte

 

« Moi, j’ai résisté à la douleur que cela pouvait raviver, mais finalement tu pouvais rester observatrice, la pièce permet ça  et ça devient finalement thérapeutique .J’ai beaucoup aimé. »

Ayana O, artiste

 

L’apport de la mixité des arts.

 « J’aime sortir des sentiers battus. Je vais souvent voir de la danse. Cela m’émerveille cet aspect d’une forme de liberté de l’expression des corps tout en sachant tout le travail exigé pour une telle précision, surtout dans la danse moderne. Je me demande toujours : où vont-ils chercher tout ça? »

Linda Sorgini, comédienne

 

« Surtout que la danse demeure une carrière très difficile et très courte en général »

Robert Lalonde, acteur et écrivain

 

« … Quand on voit Louise Lecavalier danser, c’est un exploit. Je crois qu’elle a plus de 50 ans, c’est fantastique! »

Linda Sorgini, comédienne

 

« Il y a de plus en plus d’exemples de gens qui dansent encore bien après 35ans. Lucie Grégoire en est un exemple. »

Paulo C-L, cinéaste

 

« … J’ai vu Margie Gillis quand j’avais 16 ans et ça été fabuleux, ça m’a beaucoup marqué. Toute cette énergie, ce talent d’une femme pas si jeune et qui danse toujours »

Nadine F, réalisatrice et scripte

 

« Comme comédienne, c’est formidable de se nourrir des autres formes d’art. Ça peut être un tableau, une exposition… »

Linda Sorgini, comédienne

 

Les interprètes

 « Ils sont tous très, très bons, ils sont tous égaux. » Avis général

 

« J’ai aimé qu’ils soient plus que des danseurs, qu’ils interprètent aussi. »

Ayana O. artiste

 

« J’ai particulièrement aimé Éric Robidoux, sa façon d’interpréter tout, de mourir, d’étouffer, de bouger; il est une coche au-dessus par une émotion tellement intense! »

Nadine F, réalisatrice et scripte

 

« C’est de la vraie douleur, directe et crue, au théâtre ou au cinéma et à la télé, c’est souvent pornographique tandis qu’ici, ils ont réussi à rendre tout vrai, sans artifice. »

Ayana O, artiste

 

« C’est d’autant plus réussi que la douleur est tabou, de nos jours. »

Robert Lalonde, acteur et écrivain

 

« C’est impressionnant toute cette fluidité dans la performance, tous ces mouvements de bras, de jambes dans une parfaite synchronisation. J’ai été très impressionnée, car ce n’est pas narcissique, c’est vraiment le comédien danseur au service de l’émotion brute. »

Nadine F. scripte et réalisatrice

 

« Je n’avais rien lu avant d’assister au spectacle, je ne savais même pas que des comédiens danseraient. J’ai été vraiment impressionnée par leurs talents de danseurs et d’interprètes à tous. Leurs expressions faciales, leur façon d’incarner la douleur : remarquable! »

Ayanao O. artiste

 

« On sent tout le temps que le corps est fort et que l’âme est faible. »

Nadine F, scripte et réalisatrice

 

« La technique de jeu physique est un rendez-vous vraiment réussi. C’est pas exagéré et pas comme il arrive souvent, c’est-à-dire qu’on se soucie plus de l’esthétique que du message. »

Danielle B. retraitée

 

« Je suis médusé par la mémoire de ces interprètes qui n’ont pas de repère. Toute la fluidité des corps, la force du corps qui veut revivre. Et chacun a un personnage, c’est vraiment très réussi »

Robert Lalonde, acteur et écrivain

 

Mise en scène

« La part d’ombre en chacun de nous, le désespoir c’est difficile à mettre en scène. C’est très réussi. C’est la beauté dans la laideur. »

Nadine F, réalisatrice et scripte

 

« Même avec les sacs à poubelle, c’est pas dégoûtant à regarder. Ça fait plus appel à la conscience chez chacun de nous, c’est ça qui nous fait réagir. Ça m’a fait penser à la phrase : vous êtes pas tannés de mourir bande de caves!, de Claude Péloquin »

Danielle B. retraitée

 

« C’est vraiment la psychologie du comportement humain, pousse, tire, vice versa. Je t’aime, je t’haïs. L’enfer, c’est les autres. Pourquoi nous ne sommes pas plus avancés? On fait un pas en avant et il y a quelqu’un qui nous fait faire aussitôt un pas en arrière. »

Linda Sorgini, comédienne

 

« Ils arrivent à nous faire comprendre que le corps a du ressort même quand la douleur semble trop forte »

Robert Lalonde, acteur et écrivain

 

« Il y a des moments très impressionnants, entre autres ceux où les couples finissent par devenir des vampires. »

Ayana O. artiste

 

« Il y a des moments bourreau-victime que tu trouves interminables mais c’est comme dans la vie, la femme battue qui revient vers son bourreau… »

Linda Sorgini, comédienne

 

« Ça touche, comme c’est évoqué dans le texte, le désir de souffrir.

Nadine F. scripte et réalisatrice

 

«Il y a aussi ce que l’on voit des corps. Juste deux filles qui ont les bras dénudés, les autres ont les épaules couvertes. Et c’est intéressant de voir le dévoilement des corps, tout au long de la pièce.»

Paulo C-L. cinéaste

 

La lumière

 «J’ai aimé qu’il n’y ait pas une multitude de couleurs, pas non plus de nombreux effets de lumière. L’éclairage sur le mur arrière crée un effet contraire à tout l’aspect noir de la chorégraphie. Tu as le goût de dire tout du long : mais retourne-toi, la lumière est juste là!

C’est un éclairagiste de grand talent.»

Robert Lalonde, acteur et écrivain

 

«Les changements de densité de lumière sont faits tout en douceur, ce qui contribue à la fluidité de l’ensemble.»

Raymonde L. artiste peintre

 

«Grâce à la lumière, ils réussissent à éviter la peur : c’est plutôt la douleur pure que l’on ressent.»

Nadine F. scripte et réalisatrice

 

«Ils évitent aussi le côté horreur, zombie que l’on voit beaucoup au cinéma et. à la télé»

Danielle B. retraitée

 

«Sans cette lumière, on n’aurait pas pu endurer ça. Elle permet d’apprivoiser ce côté <dark>. Sans cela je me serais fermée.»

Nadine F. scripte et réalisatrice

 

«J’ai beaucoup aimé l’ouverture grâce à la lumière. Elle compose un trajet qu’on doit faire pour sortir du noir. »

Paulo C-L, cinéaste

 

«Dès la première image, j’avais l’impression qu’ils étaient tous plus grands que nature. Plus grands que moi d’une taille et demie. Les ombres aussi. »

Nadine F. réalisatrice et scripte

 

«J’aurais aimé que le flou du début sur tous ces corps sur le mur reste plus longtemps. C ‘est

une des images qui me reste le plus en mémoire. »

Linda Sorgini, comédienne

 

« Je connais cet éclairagiste parce qu’il a éclairé ma conjointe chorégraphe a plusieurs reprises. Je m’attendais à un éclairage plus impressionniste. J’étais aussi biaisé par les gravures que je connais sur la divine comédie. J’ai apprécié tous ces corps éclairés en clair- obscur»

Paulo C-L, cinéaste

 

La trame sonore

« En général, j’ai aimé la trame sonore, même si parfois j’avais aimé des moments de silence pour rester juste avec les corps. Il y a des moments surprenants, lorsque la voix humaine émerge, c’est vraiment impressionnant.»

Paulo C-L, cinéaste

 

« Moi, au contraire, je pense qu’il ne fallait pas de silence. La trame sonore fait partie de l’ensemble parfaitement. Le côté incessant fait partie du tout.» Tous d’accord.

Raymonde L. artiste peintre