Olivier Kemeid dévoile sa première saison artistique au Théâtre de Quat’sous

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Le 15 mai dernier, Olivier Kemeid inaugurait sa première saison comme nouveau directeur artistique du Théâtre de Quat’sous.
Voici ce qu’il en dit !

Un théâtre dans la Cité

J’ai une idée bien précise et sans doute plutôt grecque de ce que j’entends par la Cité, qui ne se réduit pas exactement à la ville (Montréal en l’occurrence), ni simplement à un milieu, quel qu’il soit, ou à un public cible, mais à une entité fluctuante. Et le fait que cette agora ne soit pas réductible à une seule dimension, une génération, rend sa désignation et son atteinte difficiles. Tant mieux ! Plus une Cité se meut et change sans cesse, moins elle sera assujettie à une pensée unique, à un totalitarisme politique, à des effets de mode passagers.

Je ne suis pas venu habiter la maison tout seul. Habiter la patrie comme le Quat’Sous, à plusieurs : tel est le mot d’ordre. Nous ne serons jamais trop nombreux à tourner autour du buisson ardent, et tenter – avec les succès et les échecs que cela suppose – de rejoindre le cœur de cette Cité. D’en amplifier les battements, d’en répandre les échos et qui sait, parfois, d’en deviner les futures angoisses…

Trois actes fondateurs

Mon premier acte, avant toute programmation de spectacle, a été de mettre sur pied un comité d’artistes associés. Ils sont onze en tout, mais ne sont apôtres de rien, si ce n’est comme Artaud de propager le théâtre telle la peste. Ces artistes sont liés aux saisons à venir, certes, mais se réunissent avant tout pour discuter librement, débattre, échanger, réfléchir. Créer un réel dialogue afin de dégager ce qui semble attiser le feu de la Cité. Ce qui relève de la nécessité.

Mon deuxième acte a été d’accueillir en résidence au long cours une compagnie avec laquelle j’entretiens des liens étroits depuis plusieurs années, et qui me paraît être en adéquation avec ce que je veux développer au Quat’Sous : le Théâtre PÀP.  Fer de lance de la dramaturgie québécoise, dénicheur de talents, défricheur d’auteurs, le PÀP et son capitaine Patrice Dubois viendront habiter la maison et participeront de plein fouet à la vie artistique du Quat’Sous. Je me réjouis que le public de notre théâtre puisse profiter de cette aventure.

Mon troisième acte a été de faire place aux voix essentielles de la Cité. Celle des femmes, celle des Autres / Étrangers / Diversifiés / Premiers Arrivés/ On ne sait plus comment se nommer. Est-ce si volontaire que cela? Il y a des moments où la nécessité est telle qu’on n’a pas grand-chose à forcer.

Voilà, les trois actes fondateurs sont en place, la pièce peut commencer. Des forces vives de la création théâtrale ont été regroupées sous le toit du Quat’Sous. À la manœuvre : des femmes puissantes qui prennent d’assaut la scène (Alexia Bürger, Annick Lefebvre, Geneviève Pettersen), des tandems de créateurs (Denis Marleau et Stéphanie Jasmin, Patrice Dubois et Alix Dufresne, Estelle Clareton et votre serviteur), des collectifs (douze acteurs issus de la diversité, un chœur de quatorze adolescentes), des coproductions (UBU, La Colline).

Habiter la raison

Tous et toutes partagent une soif de sens. Que ce soit à propos de notre ville, de notre pays ou de notre monde, la saison rend compte des tremblements d’ici et d’ailleurs, en questionnant le vivre-ensemble. La traversée proposée évoquera les chocs provoqués tantôt par la relecture de notre histoire à l’aune de la diversité (À te regarder, ils s’habitueront), tantôt par le témoignage de la vie adolescente (La déesse des mouches à feu), ou encore par la parole libérée et son impact dans notre corps (Les barbelés). Vous êtes invités à plonger dans nos enfers modernes, guidés par Dante (Sous la nuit solitaire), à prendre conscience de ce que nous lisons (Notre bibliothèque – À vos livres !) et de ce qu’il reste du désir quand la mort approche (Le Tigre bleu de l’Euphrate).

Habiter la maison à plusieurs, c’est habiter la saison à plusieurs, c’est aussi en ces temps troubles et irrationnels, habiter la raison à plusieurs. Le dictionnaire, bouée de sauvetage dans les flots déchaînés de la perte de sens, nous indique qu’il y a un terme exactement contraire à la Cité : le désert.

Contre la désertification progressive de nos sociétés modernes, foisonnons, incubons, vivons. Je souhaite que le Quat’Sous soit le lieu des rencontres majeures, de l’ébullition artistique et intellectuelle. Sur son fronton imaginaire brille cette inscription : « Que ceux qui sont tentés par cette aventure ouvrent la porte : le Quat’Sous vous souhaite la bienvenue, c’est votre maison ».

Olivier Kemeid
Directeur artistique et codirecteur général

Je souhaite que le Quat’Sous soit le lieu des rencontres majeures, de l’ébullition artistique et intellectuelle. Sur son fronton imaginaire brille cette inscription :

« Que ceux qui sont tentés par cette aventure ouvrent la porte : le Quat’Sous vous souhaite la bienvenue, c’est votre maison ».

– Olivier Kemeid

  • Lulu Nowhere

    Quand le théâtre nous habite… Bonne saison et à bientôt 🙂

  • Trois Tristes Tigres

    Merci Lucie !