TABLE RASE – En compagnie de David Savard #CercleTP

Le samedi 21 octobre dernier en après-midi, David Savard accueillait nos participants du Cercle des tigres penseurs au Théâtre Espace Libre, pour assister à la pièce Table Rase mit en scène par Brigittte Poupart. Le texte évocateur et féminin qui parle de la génération Y, a eu un impact très fort chez nos participants.

Voici une synthèse des commentaires et interventions de nos participants.

 

Le sujet, le texte, le sens et la mise en scène.

 «J’ai adoré. Je me reconnais dans la solidarité, la tendresse, et nos interrogations. Le texte est générationnel, mais le reste appartient au monde des femmes. Même l’adieu à l’amie est plein de tendresse et de solidarité même si elles ont peur et sont tristes.»

Danielle M, retraitée

 

«Les personnages semblent être libres tout en étant coincés intérieurement, subissant une douleur de vivre et la peur d’être heureux»

Garwood J-G, courtier immobilier.

 

«Une pièce sautée raide, drôlement glauque et crissement humaine. Un party en zone de guerre et pourtant étrangement tendre.»

Camille R, relationniste

 

«La liberté créative, sexuelle et sensuelle. Les doubles sens  et les ambiguïtés du texte. La libération des tabous chez des plus jeunes femmes que moi. Tout ça résonne très positivement chez moi. C’est rafraîchissant »

Nadine F, réalisatrice et scripte

 

«La mise en scène, c’est celle d’une tragédie classique : avec la mort d’un membre de la communauté permettant que revivent les autres. C’est très québécois et universel, on décrit la communauté dans les moindres détails psychologiques pour qu’elle puisse revivre peut-être comme nation. Même le panache de chevreuil, qu’on le retrouve dans le cinéma dont La bête lumineuse de Perreault ou dans les films de Robert Morin.

Étienne B, écrivain

 

“J’ai été pris par la théâtralité et le sens de cette Table rase, particulièrement lorsqu’on fait  le lit pour la mort.”

David Savard, comédien

 

«Un seul lieu, un seul temps, c’est le cœur même du théâtre. J’ai beaucoup aimé l’effet rythmique des répliques. Ça rebondit. Sauf le moment où on enlève les bouteilles et certaines sorties des personnages, tout est fluide.»

Étienne B, écrivain

 

«J’avais l’impression de retrouver l’effet Woody Allen, où tous se parlent en même temps»

Nadien F, réalisatrice et scripte

 

«…Oui et c’est ce qui donne un effet de réel et de contemporain.»

Étienne B, écrivain

 

«… Les Américains écrivent beaucoup comme ça et il n’y a pas beaucoup de metteurs en scène qui risquent ça, un texte qui défile à cette vitesse. Frédéric Blanchette en est un. C’est très intéressant et difficile, ce rythme, avec la densité des paroles échangées.»

David Savard, comédien

 

«Par contre, il y a dans la mise en scène un moment qui m’a fait décrocher, c’est quand une d’elles tourne autour de la table, je me suis mise à compter les tours. Il me semble que, comme pour les autres, il y aurait pu y avoir une réplique pour commenter et l’arrêter.»

Camille R, relationniste

 

«C’est parce qu’elle est anorexique qu’elle bouge comme ça.»

Danielle M, retraitée

 

« Au début, j’avais peur que ça m’énerve qu’elles parlent toutes ensemble.  Moi, j’aime jouer des classiques ; quand c’est plus contemporain, la théâtralité prend souvent le dessus. Il faut travailler fort pour placer volontairement le texte et que toutes parlent l’une par-dessus l’autre. J’aurais été curieux de pouvoir assister aux répétitions, pour savoir. Elles sont arrivées avec quoi, qu’est-ce qui a été rajouté. »

David Savard, comédien

 

« Peur que ce soit cru, juste pour impressionner au début. J’ai fini par voir que c’était le naturel de filles qui se lâchent lousse. »

Garwood J-G, courtier immobilier

 

« Très habile de commencer avec cette parole si crue, cela fait qu’on trouve le registre niaiseux, mais en même temps, on sent autre chose avec la fille malade. Tous les portraits des personnages sont bien faits, ils ont  tous une faille. J’ai aimé le texte, par contre, quand

 

j’ai entendu les spectateurs pleurer à la fin, et je me suis dit : ah merde, je ne me suis pas rendue-là, même si les actrices sont fabuleuses. »

Isabel DS, comédienne

 

«Malgré une première partie racoleuse et un texte télévisuel, une fois que les masques tombent, la pièce te rentre dedans.»

Ayana O, comédienne

 

« C’est ce que je viens chercher au théâtre, c’est un peu comme chez Michel Marc Bouchard .Il te fait rire au début puis il t’en sacre une. Je suis toujours impressionné par les gens qui savent  vraiment écrire. »

David Savard, comédien

 

« J’ai été touchée par le texte parce que ça parle de l’ambiguité de la sexualité féminine. Je viens d’un monde de gars, toute cette féminité-là ça m’a échappé. J’ai passé tout à-côté de ça jeune. J’aurais voulu être libérée comme ça. J’ai vécu, jeune, tout ce sous-texte-là dans ma tête. Les voir se parler comme ça, à voix haute, librement; se poser des questions comme : est-ce que j’ai dit oui, ou bien j’ai dit non, qu’est-ce qui est un viol, ou n’en est pas ? Est-ce que c’est malsain de coucher avec son oncle quand on en est amoureuse ou bien c’est trop une vision traditionaliste ? C’est quoi être féministe aujourd’hui ? Et qu’est-ce que la beauté de l’amour ? J’ai envié cette liberté de parole»

Nadine F, réalisatrice et scripte

 

«Cette pièce est très contemporaine avec cette injonction à changer notre vie, tout sacrer là, pour repartir à zéro. C’est le plus puissant discours social. Sous le couvert d’une crise personnelle, c’est une crise sociale plus liée à l’époque qu’à choix. En Amérique du Nord, les statistiques disent que c’est normal de changer 5 fois d’emploi.»

Étienne B, écrivain

 

«C’est aussi d’avoir du fun à tout prix.»

David Savard, comédien

 

« Il y a 40 ans, ça aurait été cinq fleurs bleues traditionnelles, pour une seule allusion à la sexualité < wild >,  alors que dans la pièce il y a une seule fleur bleue qui défend le mode traditionnel du couple et de l’amour. »

Étienne  B, écrivain

 

« Peut-être aussi que nos réactions sont en rapport avec notre âge. Je me suis reconnue en parlant de sexualité comme ça, je n’ai pas été dérangée même si je ne suis pas de cette génération. Mais la solidarité de cette génération m’inquiète un peu»

Danielle M, retraitée

 

« C’est vraiment une discussion, lâchée lousse et créée par  le contexte de la pièce pour discuter de toutes ces choses. C’est moins des filles qui veulent placoter, c’est plutôt des filles qui lâchent tout. »

Camille R, relationniste

 

« Dans la réalité, on passe de recettes de ketchup, aux soldes de magasin, aux vraies affaires  comme le conflit avec nos mères. C’est comme si le texte, je l’ai presque oublié pour ressentir toutes les émotions des personnages. Comme on ne sait pas la fin, on se demande, si c’est un nouveau départ ou un pacte de suicide.»

Danielle M, retraitée

 

« Si on avait une pièce qui durait 24 heures, on pourrait  mettre des recettes de marmelade, mais il faut faire ressortir ce qui est essentiel pour  un bon show de théâtre. On doit montrer que ces filles-là doivent combler un vide. »

David Savard, comédien

 

« C’est faussement léger et  super habile du point de vue des différents registres. Ça va dans tous les sens de la musique populaire aux citations de Montaigne, ça <popait >de partout.

 

“On cherche le sens de tout ça. On pense au début être dans une pièce d’ados et plus on avance plus on est bien vissé dans la convention théâtrale. Tout est structuré, professionnel. Une tragédie classique avec la mort d’un membre de la communauté devient l’élément rassembleur.”

Étienne B, écrivain

 

“La peur, on cherche à la cacher. Il y a urgence d’avoir peur à tout prix dans cette pièce.

Toute la première partie apparaît comme une sorte de fourre-tout où l’on passe de l’anorexie à l’euthanasie ; mais je me rends compte en en parlant que finalement, cela nous a menés vers la deuxième partie plus émouvante, des gens dans la salle pleuraient.”

Ayana O, comédienne

 

“On ne nous écœure pas avec un seul sujet, car il y a plein de sujets qui devraient nous faire réagir et agir.”

Lucie M, cuisinière en milieu carcéral

 

“Le défaut, c’est que cela manquait de tendresse. C’est volontairement dur, violent ; mais même quand elles se collaient, ça ne me touchait pas. C’est probablement la mise en scène qui n’a pas laissé assez de place à la tendresse. Par contre, la fin pardonne tout. Si on savait le pourquoi de leur rencontre, on comprendrait beaucoup de choses autrement.”

David Savard, comédien

 

“Comme dit l’adage <on veut pas le savoir on veut le voir>. Leur affection l’une pour l’autre, on ne la sentait pas.”

Étienne B, écrivain

 

“Sauf le baiser, où elle reste là, un très court moment”

Nadine F, réalisatrice et scripte

 

“…Mais ça reste ambigu”

Ayana O, comédienne

 

“Moi j’apprécie qu’elles se prennent comme elles sont.”

Danielle M, retraitée

 

“…Oui, avec 36 bouteilles !”

Camillle R, relationniste

 

“D’ailleurs, elles ont presque toutes des expériences sexuelles avec beaucoup d’alcool, elles sont souvent saoules”

Étienne B, écrivain

 

“Le début faussement provocant, même si nous, on parle comme ça ; je me suis demandé que cherchent-elles à provoquer ? Les plus vieux ?”

 

“J’ai douté jusqu’à la fin du dénouement, mort de la malade ou suicide collectif. Pas aussi prévisible que d’habitude et ça, j’ai aimé. J’ai vu plus de gens pleurer quand il y a le monologue de celle qui est malade lorsqu’elle parle à toutes.”

Ayana O, comédienne

 

“Je n’ai pas vu venir la mort de la fille au début, sauf que tout le monde avait une peine à porter.”

Camille R, relationniste

 

“Il y a des sous-couches dans chacun des personnages. Elles réussissent à en tuer au moins une en elle.”

David Savard, comédien

 

Les hommes et la pièce

“Comment réagissent les gars devant cette pièce ?”

Ayana O, comédienne

 

“Au début, se pogner comme ça c’est plus féminin.”

David Savard, comédien

 

“…C’est parce qu’on est plus sûr de nos amours entre femmes”

Danielle M, retraitée

 

“Les hommes, ensemble, on se taquine, mais on s’engueule pas comme ça.”

Garwwood J-G, courtier immobilier

 

“Les hommes quand ils se parlent en gang,  ce qu’ils en rapportent à leurs blondes, c’est très différent. Ils nous racontent souvent qu’ils ont vidé leurs sacs et se sont affirmés dans des conflits. Mais ce n’est pas vrai. J’appelle cela des <agrémenteurs>.”

Lucie M, cuisinière dans un pénitencier

 

“Ce type de parole là, ça m’agresse, où on <bitche> l’amie ; j’ai aussi été élevée dans un univers de gars, où l’on ne se <bitche> pas. Je suis portugaise et au Portugal on semble plus libre qu’ici. Pour moi, c’est de la violence de les voir se manger les unes les autres.”

Isabel DC, comédienne

 

“Et bien moi, nous sommes quatre sœurs, et on se parlait comme ça.”

Camille R, relationniste

 

“Toutes les filles ont une sexualité violente dans cette pièce. J’avais envie de leur dire, c’est pas ça la sexualité.”

Nadine F, réalisatrice et scripte

 

“Je tiens à faire remarquer que la seule présence masculine est caricaturale, est un sans-génie, un impuissant.”

Étienne B, écrivain

 

“…Une pauvre bête traquée.”

Camille R, relationniste

 

“…On [les hommes] est habitué à se faire représenter  comme ça.”

Étienne B, écrivain

 

“Si on a eu peur pour lui, on aurait eu beaucoup plus peur si c’était une fille qui se retrouvait dans la même situation.”Tous d’accord.

Lucie M, cuisinière en milieu carcéral

 

“…On est sur qu’elles ne le dépèceront pas.”

Étienne B, écrivain

 

“Ce personnage de gars là me fait de la peine. Le côté victime versus bourreau, c’est épeurant. Les filles m’ont fait peur par leur mépris.”

Nadine F, réalisatrice et scripte

 

 

Les comédiennes

 

“Elles sont toutes bonnes et justes. Les comédiennes, ça coule de source, elles sont excellentes.”

Danielle M, retraitée

 

“Je partage cet avis, mais j’aurais aimé que le personnage de la malade soit plus développé. On ne sait pas qui elle est au juste, c’est quoi son rapport aux autres. Le jeu de toutes demande une énorme générosité. Elles sont très proches de nous et elles ne peuvent pas décrocher. J’ai particulièrement aimé l’alcoolique.”

Isabel DS, comédienne

 

“Elles ne surjouent pas et c’est très difficile de rester naturelles avec un texte comme ça et à ces rythmes-là.”

Étienne B, écrivain

 

“Sauf celle qui a le cancer, je n’y ai pas vraiment cru. Je crois que c’est la mise en scène qui fait qu’elle n’est comme pas vraiment dans la pièce. Et je me suis demandé si ça façon de bouger, ça  ressemblait vraiment  à cette maladie.”

Ayana O, comédienne

 

“…C’est un rôle très ingrat”

Étienne B, écrivain

 

“…Elle met en valeur les autres”

David Savard, comédien

 

“…Elle n’attire pas vraiment la sympathie. Sauf, peut-être, quand elle écoute la chanson de sa mère.”

Nadine F, réalisatrice et scripte

 

“…Mais, c’est la plus humaine.”

Lucie M, cuisinière en milieu carcéral

 

“Je trouve qu’il manque de rivalité entre elles. Des amies d’enfance qui se retrouvent sans jalousie, c’est pas normal.”

Ayana O, comédienne

 

“…C’est vrai qu’elles sont toutes un peu égales dans leurs façons de se parler. C’est presque tout dit sur le même registre.”

Lucie M, cuisinière en milieu carcéral

 

“…Les classes sociales sont pas claires, même celle qui est médecin, cela ne paraissait pas. On ne sait pas vraiment ce que font les autres. Ça manque aussi de diversité culturelle, si on veut être de maintenant.

Par contre, la quête de sens, c’est celle de cette génération <trash>”

Isabel DS, comédienne

 

Éclairage

 

“C’est réussi.” Tous

 

“La noirceur au début puis la noirceur à la fin Ça fonctionne.”

Lucie M, cuisinière en milieu carcéral

 

“C’est réussi, le beau cercle, en nous faisant le même coup avec la lumière, mais en sens inverse.”

Étienne B, écrivain