VIE UTILE EN COMPAGNIE D’ISABELLE BLAIS – #CERCLETP

Pour la dernière soirée de la saison avec le Cercle des Tigres Penseurs, les participants ont eu la chance d’assister à la pièce La Vie Utile, un texte d’Évelyne de la Chenelière dans une mise en scène de Marie Brassard, en compagnie de la généreuse Isabelle Blais. Voici l’ensemble des commentaires de nos participants.

Le texte

 «C’est désarmant, ce n’est pas saisissable par la raison. C’est à la fois un travail sur le sens de la vie et sur le sens des mots. C’est impressionnant cette tentative de nous renvoyer chacun à notre propre difficulté, celle d’habiter les mots qu’en général on n’habite pas. Elle nous force à habiter la parole. »

Jean-Claude R, rédacteur en chef de Relations

 

«Il y a des bijoux de phrases, des images hyper fortes mais en même temps cela s’adresse plus à l’intellect. Je n’ai pas été impliquée dans cette quête de sens. Évelyne ressent bien cette quête mais ça ne me touche pas autrement que dans une forme d’analyse.»

Isabelle Blais, comédienne

 

«Des phrases marquantes comme : « on ne se comprend plus quand on parle la même langue », par exemple. Mais cela côtoie des pluies de mots dépourvus de sens et sans réel intérêt, qui me font décrocher.

Catherine D, coordonnatrice organisme communautaire.

 

Tout le passage de « la fenêtre ouverture et fermeture à la fois», tous d’accord

que ce moment est saisissant.

Jean-Claude R, rédacteur en chef de Relations

 

«Aussi le début sur la foi, la quête, faire semblant, mentir. Et ce besoin de revenir avant tout ce qu’elle sait, et ça jusqu’au limbe.»

Isabelle Blais, comédienne

 

«Les limbes sont évoqués pour signifier qu’elle ne vit pas, qu’elle aspire à autre chose : ne pas ressentir tout en voulant sentir vraiment»

Jean-Claude R, rédacteur en chef de Relations

 

«La langue comme fenêtre sur le monde. Mystère, cacher/montrer avec les mots. Cela fait penser à une technique bouddhiste zen, ou encore à la ritournelle de la chanson : « trois petits chats, trois petits chats… » La sonorité des mots crée un lien avant qu’on ne saisisse le sens des mots – recherche du mot avant le sens du mot. Tu cherches un sens, alors que tu es déjà programmé à accorder au mot une signification, qui par ailleurs peut être totalement autre dans une autre culture, une autre situation. On ne voit pas que nous sommes prisonniers du langage»

Anne-Marie C, enseignante au CÉGEP

 

«Je sors déboussolée de la pièce, sans repères et suis contente que l’on puisse en parler. Probablement que l’objectif est de nous rappeler que ce n’est pas toujours utile de comprendre. Difficile de suivre un fil conducteur. C’est un concept, plus théorique qu’émouvant, qui est ici avancé.»

Mélanie B, pharmacienne.

 

«Pour moi, ce fut un pur bonheur. L’aspect onirique, l’usage des envolées lyriques , des mots incantatoires, la réflexion sur la mort, la survie, le parallèle avec Jeanne d’Arc et le cheval de St-François… Un texte d’une grande richesse. La vie c’est ça : il nous passe sans cesse plein de choses par la tête et on ne peut pas la mettre sa tête à off, la tête. »

Danielle B, retraitée

 

«Pour moi, il y a beaucoup trop de mots, à tout moment je décroche.»

Lucie M, cuisinière milieu carcéral

 

« C’est un peu comme de l’écriture automatique»

Mélanie B, pharmacienne.

 

«Je sais qu’Évelyne travaille beaucoup, réfléchit beaucoup, analyse beaucoup. Les mots ici sont pensés, voulus. Peut-être avons-nous de la difficulté parce qu’on cherche de la cohérence. On est comme ça, les humains.»

Isabelle Blais, comédienne

 

« Derrière la litanie des mots, il y a son expérience, son questionnement. L’interrogation sur l’éternité, l’avant, l’après, la révélation de ce que peut être la vie dans l’infini et dans son revers, le fini. Cela nous renvoie à des questions primordiales, que notre société ne nous permet pas de poser, nous assaillant sans cesse de divertissement, ne nous permettant pas d’aborder les souffrances vécues.»

Jean-Claude R, rédacteur en chef de Relations

 

«C’est une tragédie grecque. Cela m’a bouleversé à plusieurs moments, tout au long de la pièce. J’ai perdu ma mère à seize ans, elle qui avait cru en Dieu, puis plus du tout. Et je me posais les mêmes questions lors des funérailles de ma mère, que ma grand-mère avait quand même faites à l’église.»

Nadine F, documentariste cinéma

 

«L’omniprésence de texte m’a rappelé ce dont on parlait plus tôt : on écoute peu et on parle beaucoup, à propos de tout et de rien.  C’est aussi une caricature de la réalité : on y côtoie sans cesse le beau et le laid»

Catherine D, coordonnatrice organisme communautaire.

 

«En une seule journée, on vit plein de choses qu’on rejette avant de les assimiler. Difficile d’avoir pleine conscience de tout ce que l’on voit, perçoit, vit…Si on faisait le bilan chaque soir, on serait submergé.»

Isabelle Blais, comédienne

 

«Juste en marchant vers le théâtre j’ai croisé plusieurs itinérants. Si j’avais pris pleine conscience de tout ce qu’ils vivent j’aurais été malheureuse pour eux que je serais encore en train d’en pleurer. On ne peut pas vivre avec une pleine conscience de tout.»

Lucie M, cuisinière en milieu carcéral

 

«En vieillissant, on entend la rumeur des conversations multiples, mais il devient de plus en plus impossible de sélectionner la voix que tu choisis d’entendre dans le brouhaha.»

Nadine F, documentariste cinéma

 

« Il y a aussi des phrases qui choquent, comme celles qui parlent de réduire l’avortement à un simple processus organique privilégiant les limbes, où l’on peut ne pas voir, ne pas sentir…Je suis pro-vie, mais là il y a quelque chose qui me choque, comme mère»

Mélanie B, pharmacienne.

 

«Pourtant, il y a plein de gens qui disent à leurs parents qu’ils auraient préférés ne pas venir au monde.»

Danielle B, retraitée

 

L’interprétation et la mise en scène

 «Les acteurs sont très bons. L’aspect litanie…On peut se demander comment ils ont fait pour apprendre ça. J’imagine qu’ils ont trouvé un sens, leur histoire derrière les mots, un lien quelconque, qui a plus à voir avec le lyrisme qu’avec dans l’émotion. On peut se demander si parfois ils improvisent, même si j’imagine que non, car il est clair que l’auteure a réfléchi beaucoup avant de livrer ce texte. Ils sont très habiles. La mère est plus grotesque que les autres personnages, qui sont un peu éthérés. Le personnage que joue Évelyne est plus chargé d’émotions.»

Isabelle Blais, comédienne

 

«Le vieux monsieur a quelque chose d’attachant, de plus humain, de plus vrai.  Pourtant il représente le spectre de la mort»

Anne-Marie C, enseignante au CÉGEP

 

«J’avais l’impression que l’homme qui incarnait ce personnage n’était pas un acteur ».

Mélanie B, pharmacienne.

 

«Sophie Cadieux est remarquable»  (Tous d’accord )

 

« Sophie Cadieux est aussi charnelle que lyrique, son personnage est le plus violent»

Jean-Claude R, rédacteur en chef de Relations

 

«Le texte de la mère est livré avec une voix transformée qui m’a dérangée, même si on comprend la raison d’un tel choix. »

Mélanie B, pharmacienne.

 

«La voix transformée de la mère la rend plus masculine, peut-être pour indiquer qu’elle supplée à l’insuffisance virile de son homme ? »

Catherine D, coordonnatrice organisme communautaire.

 

«C’est la voix d’un spectre qui surgit d’outre-tombe.»

Jean-Claude R, rédacteur en chef de Relations

 

«Pour moi, le père est sans émotion -cela semble voulu.»

Mélanie B, pharmacienne.

 

«Le père a une voix qui témoigne d’un certain mysticisme. Sa vie est une contradiction. »

Jean-Claude R, rédacteur en chef de Relations

 

«La mère, c’est comme si elle lisait le dictionnaire. Sa voix n’a pas de réalité, disons, matérielle.

Et c’est remarquable. Et que dire de son costume et de son œil de vitre… ! »

Anne-Marie C, enseignante au CÉGEP

 

«Elle m’a fait penser à l’un ou l’autre membre d’une secte qui tente de manière exaltée de décrire ce qui est beau »

Nadine F, documentariste cinéma

 

« La mère apporte parfois une certaine légèreté, qui fait contraste avec le personnage d’Évelyne qui, lui, est dans la quête d’en faire plus. Quand la mère exprime son angoisse, c’est comme si elle sortait de son personnage, de sa vie qui ne veut rien dire. Comme il n’y a pas vraiment de relation entre les personnages, tout ça reste assez froid»

Isabelle Blais, comédienne

 

«Sophie Cadieux  variait ses émotions, les autres pas. J’essayais de trouver un sens à ce choix de mise en scène»

Mélanie B, pharmacienne.

 

«La belle voix de Sophie Cadieux et sa façon de chanter, ça fait du bien dans cette sorte de psychose.»

Nadine F, documentariste cinéma

 

« Le côté récité de la représentation, je n’ai pas aimé. C’est volontairement assez monocorde pour que l’on prête plus attention au texte, mais on ne vit pas d’émotion»

Catherine D, coordonnatrice organisme communautaire.

 

«La mère ne parle de l’utile, dans une mise en scène de la vie inutile, qui nous met face à l’inutile. Et cette idée de sa fille à la bouche ouverte, démontrant son hébétude devant la vie. Sa mère qui lui dit de la fermer, comme si elle voulait empêcher qu’elle soit pénétrée par la vie. La mère enseigne la vie et en même temps c’est une empêcheuse de vie très violente.»

Jean-Claude R, rédacteur en chef de Relations

 

Décor et costumes

« Sophie Cadieux, on dirait que son costume en fait une sorte de larve.»

Anne-Marie C, enseignante au CÉGEP

 

«Quand j’ai compris que c’était Jeanne d’Arc, le costume prenait tout on sens à moment là»

Danielle B, retraitée

 

«J’ai beaucoup aimé l’échelle et ce qu’en fait Sophie Cadieux…»

Jean-Claude R, rédacteur en chef de Relations

 

«L’échelle, c’est comme si Sophie Cadieux pouvait s’élever au-dessus de tout ce qui arrive, puis elle redescend…et remonte continuellement.»

Mélanie B, pharmacienne.

 

«Très intéressant l’utilisation de la serre typiquement victorienne, avec toutes ses valeurs. L’hypocrisie à son meilleur, car les personnages y sont comme enfermés.»

Danielle B, retraitée

 

«La serre n’est pas du tout bucolique. Ici c’est la serre à la vue de tous, pourtant une serre doit avoir un côté protecteur, ce qui est tout à fait le contraire dans ce décor, ils y sont enfermés.»

Mélanie B, pharmacienne.